Cyberguerre
et sécurité nationale
1.1/ Un exemple de menace pour
la sécurité étatique : les hackers aux Etats-Unis.
1.1.2/ Les techniques utilisées.
1.2.1/ Les élections
présidentielles de mars 2000 à Taiwan.
1.2.2/ La Chine : une force
potentielle
1.2.3/
Taiwan : un expert reconnu.
1.3. La vulnérabilité du
réseau : le paradoxe du net.
1.3.1/ La vulnérabilité de
l’infrastructure du net.
1.3.2/ La fragilité intrinsèque des
logiciels.
1.3.3/ La difficile sécurisation
des informations privées.
II/ La guerre informatique et
les NTIC : la cyber guerre.
1/ Définition de la guerre
informatique.
1.1/ Les différentes formes
d’attaques informatiques.
1.1.2/ L’utilisation de données
informatiques.
1.1.3/ Les attaques par le biais de
logiciels.
1.1.4/ La technique du"
hacking"
1.1.5/ Les attaques physiques.
2.8.Cibles de la guerre
informatique stratégique :
2.10.Scénarios de guerre
informatique stratégique :
1. Obstacles à une lutte efficace
1.1. Difficulté à identifier le
cyberattaquant
1.4. Difficultés
politiques : dissuasion et réponses
1.5.difficile coopération entre
le gouvernement et le secteur privé
2.1. Organisation des services
de renseignement :
2.2. Création d’agences
gouvernementales spécialisées :
Contre
qui les systèmes d’information doivent-ils servir ?
Les techniques qui suffisent contre un adolescent équipé
d’un modem ne seront d’aucune utilité face à une importante agence de
renseignements. Contre le premier, on utilisera une sécurité renforcée des mots
de passe, tandis que le second peut recourir et recourra aux écoutes, à la
cryptanalyse, à l’interception des signaux électroniques provenant des
ordinateurs et des câbles et même à la fouille des poubelles en salle
informatique. La sécurité informatique n’est pas un but, c’est un moyen
d’atteindre le but : la sécurité de l’information. Toutes
sortes de moyens peuvent être utilisés lorsque cela s’avère nécessaire et
approprié. La force des moyens de protection informatique doit être adaptée à
la menace.
Le rôle de l’Etat est central pour aussi bien protéger
l’économie nationale, que des données militaires ou diplomatiques qui lui sont
vitales.
Dans cet exposé, ne seront analysées que les menaces à la souveraineté
nationale d’un Etat. Les auteurs de ces menaces étant des professionnels de
l’informatique soit à la solde d’autres Etats ou obéissant à des motivations
personnelles et difficilement prévisibles.
L’élargissement du concept de sécurité.
Les menaces, via internet,
pour la sécurité nationale deviennent de plus en plus d’actualité avec l’élargissement
du concept de sécurité nationale. Définissant d’abord les menaces de nature
militaire, c'est-à-dire les guerres essentiellement, le concept a été modifié
pour prendre en compte différents types de menace non-militaires tels que les
menaces environnementales, démographiques etc…
Buzan ( People, States, and Fear. The National Security Problem in International
relations, 1983) définit le principe
de sécurité par rapport à une menace pesant sur des valeurs essentielles pour
une société. Le stratégiste américain Ullman affine cette thèse en explicitant
la double nature d’une menace. D’une part, une menace contribue à la
dégradation du niveau de qualité de vie d’une population d’un Etat, et d’autre
part, l’ampleur des choix politiques est considérablement réduite pour le
gouvernement et ses administrations ainsi que pour les acteurs du privé.
Les
cybers-attaques, les nouvelles menaces du XXI siècle ?
Bien que les formes traditionnelles de menaces sécuritaires
demeurent, il semble néanmoins que les pays industrialisés, en particulier,
soient nouvellement menacés par des formes d’agression via les réseaux de
communication informatiques.
« Les Armes sont les ordinateurs et le front est
partout », tel est le sous-titre du livre de James Adams, La prochaine
guerre. Bill Clinton prononça le discours suivant en s’adressant à
l’Académie Navale américaine :
« Notre sécurité est de plus en plus mise au défi par des menaces non-traditionnelles de la part d’adversaires, anciens et nouveaux, non seulement des régimes hostiles, mais aussi des criminels et terroristes qui ne peuvent pas nous vaincre sur le terrain de bataille, mais qui néanmoins recherchent des nouvelles façon de nous attaquer en exploitant les nouvelles technologies et la mondialisation».
Ces menaces sont plus que réelles. Deux jeunes, par exemple,
dirigés par un hacker israélien en février 1998, organisèrent des attaques
contre les systèmes informatiques du Pentagone, de la NSA et d’un laboratoire
de recherche nucléaire. Les perturbations informatiques qui suivirent cette
attaque furent décrites par John Hamre, le vice-secrétaire à la défense comme étant « l’attaque la plus
systématique et la mieux organisée »
qu’il y ait jamais eu contre les systèmes de défense américains.
Plus récemment, début mars 2000, la police japonaise dévoila
l’origine du « group M », une entreprise de software dont les
propriétaires seraient liés à la secte Aum qui provoqua en 1996, une attaque au
gaz dans le métro japonais. Depuis le début de cette année, les sites gouvernementaux
japonais ont été victimes de 11 attaques. Il semblerait ainsi que la secte Aum
s’oriente vers une stratégie de cyber-attaque.
Penser
la cyberguerre.
Après la guerre menée au Kosovo, les certitudes héritées de
la guerre froide s’effacent, laissant la place à des nouvelles doctrines
militaires. Le réseau, système nerveux par lequel circule l’information, se
fait paradigme organisationnel. Dans leur analyse de cette mutation, des
stratèges sont impatients de voir les Etats-Unis se
préparer à la « cyberguerre », où, pour subjuguer l’adversaire,
il suffirait de perturber ses structures de commandement, de communication et
de pensée, plutôt que d’entreprendre sa destruction physique (voir F.Pisani, Penser la
cyberguerre, ou « Les
doux penseurs de la cyberguerre du même auteur).
Lundi 21 février 2000, vers
10H20, les internautes surfant sur Yahoo, habitués à attendre 1,7 secondes pour
le téléchargement du serveur, durent patienter 6 secondes. A 10H30, tous ceux
qui essayèrent d’accéder au site de Yahoo virent s’afficher sur leurs écrans
des messages d’erreur.
Au même moment, Global Center, le serveur californien de
Yahoo, était envahi par d’immenses vagues d’informations. Soit 1 milliards de
bites par seconde, l’équivalent de la
masse d’information qui est perçue en période normale pendant une
semaine.
Yahoo fut victime d’un « refus d’accès » :
une tentative délibérée de fermer le réseau en l’encombrant de données
inutiles. L’attaque fut déclenchée de 50 lieux différents, un signe évident que
le manipulateur utilisait des ordinateurs dispersés pour mener son attaque.
Du lundi au mercredi de la même semaine, les grands sites
américains furent victimes d’attaques. Entre autres, Buy.com dont l’accès ne
fut possible que pour 9% des demandes d’entrée, eBay qui fut paralysé plusieurs
heures mardi 22 février, Amazon.com où il fallait 380 secondes pour accéder au
site de 5H à 5H45 etc…
Au total, la vitesse d’accès aux grands sites américains fut
ralentie de 6% lundi, de 7 % mardi et de 26% mercredi.
Les
"hackers" procèdent en 5 étapes :
a) Le hacker cherchent sur internet des serveurs et
ordinateurs réseau vulnérables parmi les entreprises et les universités.
b) Le hacker peut ensuite pénétrer ces ordinateurs en y
installant un logiciel « esclave » (« slave » software
program) qui attend ses instructions.
c) Il émet un signal nécessitant des ordinateurs pénétrés
une réponse.
d) Leur réponse n’est pas redirigée vers le hacker mais au
contraire, il crée « une adresse de retour » qui oriente les réponses
vers les sites victimes.
e) Le site attaqué est submergé de fausses réponses de
centaines d’ordinateurs qui encombrent le système.
Les
ordinateurs pénétrés
Les réactions.
a) En France, après le « raid sur le Net », les
« sites veulent rester sereins ». (pour lire un
article du journaldunet) .
b) Aux Etats-Unis, le procureur général, Janet Reno, lors
d’une conférence de presse promis d’engager pleinement la FBI dans la poursuite
des responsables, les hackers.
Informations complémentaires :
Pour plus d’informations sur cet incident
et ses conséquences sécuritaires voir l’article de « Newsweek »
relatant les faits
Pour contacter
un site spécialisé dans les techniques utilisées .
Pour consulter un dossier dans Le
Monde interactif sur les « pirates de
l’informatique ».
Dossier sur CNN.
Liste des
sites anglophones sur les hackers.
Durant les élections présidentielles, en mars 2000, les
spécialistes de l’informatique au ministère de la défense nationale a Taiwan
scrutèrent le réseau informatique à la quête de « hackers rouges »,
les saboteurs informatiques de la République Populaire de Chine. En effet, Le
ministère de la défense craignait un sabotage électronique de la part de la
Chine dans le but d’interrompre les élections. Les spécialistes étaient à la
recherche de bombes e-mail, de virus et de tentatives clandestines de pénétrer
les sites gouvernementaux protégés. Un haut membre du ministère de la défense
taiwanaise a d’ailleurs signifié le degré d’inquiétude du ministère en disant :
« nous voulons que le Comité en charge du déroulement de l’élection traite
ce problème comme un exercice militaire ».
En effet, dès l’origine du conflit sino-taiwanais, la Chine
a toujours essayé d’intimider son adversaire. En 1996, La Chine, lors d’un
exercice militaire, lança des missiles à proximité de Taiwan. Cette année, la
Chine a encore menacé d’envahir Taiwan si les discussions portant sur la
réunification continuaient à être reportés.
La Chine semble s’être orientée en particulier vers la
recherche de moyens pour faire pression sur Taiwan par le biais des nouvelles
technologies de l’information.
Pour le moment, les armes dont disposent les saboteurs
informatiques sont simples : des logiciels qui peuvent détruire,
subtiliser ou désorganiser les sources d’informations utilisées par l’armée
ainsi que les réseaux nationaux de communication.
Pour le future, il est envisageable que les
« hackers » des deux camps adverses puissent paralyser les systèmes
bancaires, les réseaux de transport et de communication.
.
Bien que la Chine soit en retard en matière informatique, le
pays à commencer son rattrapage technologique. Le président Jiang Zemin, dans
un discours début mars 2000, identifia la technologie internet comme étant le
nouveau grand développement dans les domaines de la guerre et de la paix. Le
ministre de la défense taiwanaise a d’ailleurs publiquement averti que les
capacités offensives chinoises via les NTIC pourraient surpasser celles de
Taiwan en 2010. Deux colonels de l’Armée Populaire de Libération firent
sensation avec la rédaction d’un livre intitulé « la guerre
illimité ». Les auteurs ont popularisé l’idée d’une utilisation d’internet
dans le cadre d’une stratégie de désinformation contre l’adversaire.
Pour le moment, la Chine est loin derrière Taiwan en matière
informatique. Une récente recherche officielle a exposé les failles du système
informatique chinois : 80% des 635 sites gouvernementaux seraient
vulnérables à des attaques menées par des hackers.
La Chine est néanmoins capable d’offensive informatique. Ce
sont en général de jeunes nationalistes qui spontanément, c'est-à-dire sans l’appui
direct du gouvernement chinois, mène des offensives informatiques. Depuis 1998,
les chinois ont répondu à des critiques internationales perçues comme des
insultes en attaquant les sites du Japon, de Taiwan, de l’Indonésie. L’été
dernier, après que le président taiwanais déclara que la Chine et son pays
devraient parler « d’Etat à Etat », des hackers chinois lancèrent 72
000 attaques contre 20 sites gouvernementaux taiwanais. Selon des experts
militaires taiwanais, ces attaques furent co-dirigées par des spécialistes
militaires et des civils chinois.
Pour le moment, il semble que Taiwan ait largement le dessus
en matière de guerre informatique. Taiwan fabrique plus de 80% des
« mother-boards » mondiaux et dispose de nombreux spécialistes en
informatique. Le budget du pays alloué à la guerre informatique est de 300
million de dollars. Pour les élections de mars, 1 million de dollars a été
alloué pour assurer l’impénétrabilité du système informatique de décompte des
votes.
Non seulement Taiwan dispose des moyens et de la technique
nécessaires pour assurer sa protection mais elle a aussi un arsenal
impressionnant de moyens pour lancer une offensive informatique. Le lieutenant
Général Abe Lin, chef des départements de la communication et de l’informatique
au ministère de la défense affirme que Taiwan a fabriqué plus de 2000 virus qui
pourraient être utilisés contre la Chine. Taiwan, en effet, a dans le passé mis
au point un grand nombre de virus redoutables. Michelangelo, un virus notoire
mondialement fut créé par une firme taiwanaise.
Tableau
récapitulatif :
|
Chine |
Taiwan
|
|
La Chine a intégré des scénarios de guerre informatique
dans ses exercices opérationnels |
Taiwan est un producteur important de composantes pour
ordinateurs ; elle peut mener des attaques informatiques d’un niveau
avancé. |
|
La Chine a amélioré son système de défense contre les
virus ; se prépare à développer sa capacité de fabrication de virus. |
Taiwan est considérée comme un hacker de statut
mondial ; est un expert dans la création de « bugs » et virus. |
|
Les réseaux de commande et de contrôle sont
vulnérables ; ne dispose pas de satellites de communication. |
Des réseaux civils et militaires séparés ; un
accroissement rapide dans la mise en place de réseaux. |
|
La Chine utilise des techniques traditionnelles
d’espionnage ; les medias de Hong Kong servent d’instrument de
propagande. |
Taiwan est habile en matière
de propagande et offre des récompenses financières aux transfuges. |
Pour le moment, la menace d’une guerre informatique est de l’ordre
du discours mais elle est une réelle possibilité pour l’avenir puisque les deux
pays développent avec sérieux leurs capacités informatiques dans l’éventualité
d’un conflit. On voit ici que la menace psychologique au moins autant d’impact
que la menace réelle.
La connectivité d’internet,
c'est-à-dire la possibilité de joindre deux individus situés à deux points
opposés de la planète, en fait aussi sa faiblesse puisque qu’un saboteur peut
garder son anonymat tout en pénétrant un site protégé. Il s’agit du phénomène
décrit comme étant « la faiblesse du maillon de la chaîne».
La source de certains des
problèmes de sécurité provient de l’architecture de base du réseau
internet. Développé aux Etats-Unis par le département de défense il y a trente
ans, l’internet était destiné à des usagers connus, et non au grand public,
pour partager des informations. De nombreuses mesures pour sécuriser le réseau
sont simplement des ajouts à un système déjà ancien. Selon Bruce Schneier,
technicien en chef de Counterpane Internet Security Inc., « le système se
dégrade plus rapidement que nous sommes en mesures de le sécuriser ».
La menace la plus
importante viendrait d’une attaque dirigée contre les organes vitaux du net,
les« root name servers ». Ces ordinateurs contiennent les listes
maîtres des adresses internet et dirigent les flux d’information. Ces
ordinateurs ne sont qu’au nombre de 13 mondialement et ils ont déjà fait signe
de faiblesses. En 1997, une erreur humaine eu pour résultat de bloquer le
fonctionnement de ces serveurs : pendant plusieurs jours, tout le réseau
fut désorganisé.
Nombre d’incidents informatiques déclarés sur le net1988-1989
1990-1999
2000
Total des incidents
déclarés (1988-2000): 30,261 Source : CERT |
Un nombre tout aussi important des vulnérabilités du net
dérive de la faiblesse intrinsèque des logiciels. Les logiciels sont souvent
victimes de bugs. Les programmes contiennent des millions de lignes
d’instructions, et il est impossible de les vérifier toutes effectivement avant
la commercialisation du produit. Les bugs, d’ailleurs, sont souvent utilisés
par les hackers comme moyen d’accès aux sites web et aux ordinateurs
personnels. Selon Steve Bellovin, chercheur à AT&T Labs, il est impossible
d’écrire des programmes qui ne comporteraient pas de bugs.
Toutes les informations personnelles et sensibles qui sont
utilisées par le net peuvent être la proie facile d’intrus violant la
confidentialité de ces données. Il s’agit du vol d’identité. Cette violation
peut prendre la forme de la prise de contrôle non seulement d’informations
confidentielles mais aussi de la gestion d’un compte en banque.
Au mois de janvier 2000, un hacker appelé
« Maxim » aurait exploité les bugs contenus dans un logiciel d’un
vendeur de CD on-line et aurait ainsi pu prendre les numéros de 300 000 cartes
de crédit.
Une des conséquences paradoxales serait que les
gouvernements développent des méthodes de plus en plus perfectionnées pour
contrôler le net, justifiées par le fait qu’il est nécessaire de sécuriser
d’avantage le réseau. Le problème des libertés individuelles et de la vie
privée se pose alors sous un autre angle…
Les systèmes d’information sont composés, selon une
définition large, par des procédures, un personnel, des organisations et des
installations de technologies informatiques qui stockent, manipulent,
transmettent, disséminent et présentent des informations pour l’utilisateur.
Sont inclus dans cette définition les services d’information, les liens de
communication, et les services d’information électronique. Ce qui fait de ces
composantes un système est le fait qu’elles soient toutes interconnectées et
fonctionnent dans un ensemble cohérent.
Une fois posée la définition de ce qu’est un système
d’information, il s’agit d’élucider les différentes formes que peut prendre la
guerre informatique.
Comme préliminaire à l’analyse, il faut remarquer que les
attaques informatiques peuvent être d’origine endogène ou exogène à l’Etat
concerné. La distinction est importante car à ces deux types d’attaques, il
faut associer deux types de défense. Les attaques endogènes, c'est-à-dire du
même environnement que la cible (employés mécontents par exemple), nécessite de
bonnes procédures de sécurité personnelle. Les attaques exogènes quant à elles
nécessitent de bonnes mesures de défense ou des mesures de prévention qui son
différentes : « firewalls » qui protègent d’intrusion
étrangères, isolation physique des systèmes d’information sensibles…
Ces attaques ont lieu lorsque un adversaire insère des
données dans un système d’information pour faire dysfonctionner celui-ci ou
pour le piéger en l’obligeant à exécuter des opérations non-autorisées. Par
exemple, le simple fait de diffuser des informations de propagande ou des
informations erronées est considéré comme une forme d’attaque informatique. Des
formes plus sophistiques d’attaques informatiques peuvent être la manipulation
des fichiers de l’adversaire, le brouillage des transmissions radio des
détecteurs ou le débordement d’un site internet par l’envoi massif des messages
e-mail.
Ces attaques ressemblent aux attaques par l’utilisation de
données puisque les logiciels eux-même sont constitués de données. Les attaques
par le biais de logiciels sont en générales plus sophistiquées car non
seulement les programmes pénètrent les systèmes ciblés mais surtout parce
qu’ils effectuent des opérations qui agissent sur le fonctionnement du système
adverse. Les formes les plus pointues d’attaques par le biais de logiciels
agissent de telle sorte que ceux-ci ne peuvent être détectés et Ils peuvent
même effectuer des contre-mesures s’ils rencontrent des tentatives de
protection du système ciblé. Les formes les plus connues d’attaques de software
sont les virus d’ordinateurs. Il existe aussi des software qui installent des
« portes » (appelé aussi cheval de Troie) permettant l’accès aux
intrus de manière continue et permanente.
Ce terme exprime le fait de prendre le contrôle d’un système
d’information, de perturber, de refuser l’utilisation, de voler des ressources
ou des informations importantes, d’observer clandestinement un système
d’information. L’exemple le plus récent est celui du virus dit « I love
you » qui a pénétré des millions d’ordinateurs à partir du jeudi 4 mai
2000 se propageant très rapidement. Le virus aurait été conçu par un « hacker »
philippin.
Les attaques physiques sont généralement les façons les plus
directes et souvent les plus efficaces pour influencer les opérations d’un
système d’information. Ces attaques, traditionnellement, prennent la forme
d’assauts militaires, de désordres civils, de bombardement ou d’utilisation
d’explosifs. Surcharger les récepteurs d’un système d’information (en attaquant
par exemple les fils ou fibres de communication) est aussi considéré comme une
forme d’attaque informatique quand le but n’est pas seulement d’influencer le
système par des données ravageuses mais aussi de le détruire. Puisque la
sécurité physique est le premier niveau de défense d’un système informatique,
l’agresseur essaie souvent de fragiliser les installations qui abritent ces
systèmes en s’infiltrant électriquement afin de rendre inopérationnel toute mesure
de protection.
Tableau
récapitulatif : les différents aspects de la guerre informatique :
|
Les origines des agressions. |
Les différentes formes d’attaque. |
Les objectifs tactiques. |
|
Endogènes : les agresseurs ont
accès au système d’information par leur relation de proximité avec celui-ci
(opposants au régime politique, salariés mécontents). Exogènes : les agresseurs
sont étrangers au système d’information. |
Les attaques par le biais
de données : propagande, désinformation, surcharge
informatique… Les attaques par le biais de softwares : virus, cheval de Troie… La technique du « Hacking » : pénétration, utilisation non-autorisée, espionnage. L’attaque physique : pulses électromagnétiques, opérations électroniques de contre-mesure,
attaques militaires conventionnelles. |
L’exploitation
La fraude L’interruption |
L’exploitation : le but principal de l’agresseur
est d’extraire de l’information ou des données de la cible ou des ressources
liées à la cible de l’attaque.
La fraude : l’agresseur permet à la
victime de continuer d’effectuer des opérations mais manipule les informations
que l’usager collecte, génère, conserve et analyse.
L’interruption ou le refus d’accès : un
agresseur ne détruit pas la cible mais la met hors d’usage ou la rend peu
fiable pour une certaine période.
La destruction : l’agresseur rend la
cible inopérable en détruisant soit la cible elle même, soit le système de
support vital à son fonctionnement.
La connaissance de l’origine de
la menace est l’un des éléments qui va permettre au défenseur d’évaluer la
force et les moyens de l’agresseur potentiel. En comprenant les motivations de
ce dernier, le défenseur pourra adapter sa politique de sécurité et anticiper
les actes malveillants. Un système informatique sera d’autant plus menacé que
les informations qu’il contient auront une valeur à la fois pour leur
propriétaire et pour d’autres entités.
Il ne faut pas pour autant conclure qu’un système informatique ne gérant pas d’information de valeur n’est
sujet à aucune menace : son rôle peut être primordial pour assurer un
service.
Pour un système gouvernemental la
menace change selon que l’on est en temps de paix, de crise ou de guerre.
Outre des menaces de type
accidentel, des menaces intentionnelles pèsent sur la sécurité des services
informatiques. Celles-ci peuvent être de type stratégique, idéologique,
terroriste, cupide, ludique ou vengeur.
1. Caractère
stratégique :
Pour un Etat, la menace
stratégique s’intéresse par essence à toutes les informations concernant le
Secret Défense et la Sûreté de l’Etat, mais également celles appartenant au
patrimoine national, qu’il soit d’ordre scientifique, technique, industriel,
économique ou diplomatique. La menace stratégique peut également attenter à la
disponibilité des systèmes d’information, dont le fonctionnement continu est
nécessaire au fonctionnement normal des institutions.
Elle est généralement le fait
d’organismes gouvernementaux ou para-gouvernementaux structurés et organisés
pour la recherche du renseignement et disposant des moyens techniques et
financiers suffisamment importants pour envisager tous types d’attaque sur un
système.
2. Caractère
idéologique :
Si la menace née des antagonismes
Est-Ouest est disparue, il ne faut pas négliger les confrontations qui
pourraient résulter de divergences Nord-Sud ou entre orient et occident sur le
plan de la culture, des valeurs ou de la religion.
Il existe également des courants
de pensée qui mettent en avant le fait que l’information doit être libre et ne
peut en aucun cas être la propriété d’une personne, d’un groupe, d’une
organisation ou d’un Etat. Cette vision du monde est partagée par de nombreux
pirates.
3. Caractère
terroriste :
On peut définir brièvement la
menace terroriste comme regroupant toutes les actions concourant à déstabiliser
l’ordre établi. Les actions entrant dans cette catégorie peuvent avoir un
caractère violent (destruction physique des systèmes) ou plus insidieux (
intoxication et désinformation par détournement ou manipulation d’information,
perturbations engendrées dans un système et susceptibles de déclencher des
troubles sociaux latents, etc.). Les auteurs recherchent un résultat
spectaculaire et les effets médiatiques qui l’accompagnent.
Les groupes qui commettent ce
genre d’action disposent en général de moyens financiers importants et de
complicités leur permettant d’envisager pratiquement tout type d’attaque sur un
système.
Les aspects de la menace qui
viennent d’être évoqués ne constituent évidemment pas une classification
exhaustive, mais ces origines sont parmi les plus courantes en ce qui concerne
la sécurité de l’Etat. Il faut également signaler que la menace est rarement
monolithique, comme l’illustre le cas du Chaos Computer Club, où certains
pirates ont mis leurs talents au service de services de renseignement dans un
but lucratif.
Espionnage :
Principalement d’origine
étatique, cette menace concerne principalement les informations stratégiques
d’une nation. Les renseignements d’ordre militaire, diplomatique, mais aussi
économique, industriel, scientifique, financier et commercial sont recherchés
en priorité. L’espionnage va tenter d’enfreindre les mesures de sécurité qui
protègent la confidentialité des informations.
Perturbation et
sabotage :
L’agresseur tente de fausser le
comportement d’un système informatique ou de l’empêcher de fonctionner en le
saturant, en modifiant ses temps de réponse et en provoquant des erreurs.
La perturbation va influer sur la
disponibilité et l’intégrité des services d’information, qui se voient
ralentis, désorganisés ou affaiblis.
Plus fort que la perturbation, le
sabotage a pour but de mettre hors service un système informatique.
Le vol :
Le vol de ressources est difficile
à détecter quand il s’agit de données informatiques, dans la mesure où une
simple copie suffit.
Espions : travaillent pour
une Etat, qui les choisit pour leur sang froid et leur haut niveau de
qualification. Patient et motivé, il exploite les vulnérabilités les plus
enfouies d’un système informatique, car elles sont plus difficiles à détecter
et il pourra les utiliser longtemps.
Terroristes : très
motivés, il est aidé dans sa tâche par l’interconnexion et l’ouverture des réseaux.
Le succès d’une attaque dépend en
partie de la compétence et de l’entraînement de son auteur. Les domaines de
connaissance seront l’informatique en général et en particulier la
programmation, les systèmes d’exploitation , les communications. Ces
compétences sont souvent présentes à l’intérieur même d’une organisation et
parfois à l’insu de ses dirigeants qui connaissent mal les capacités de leur
personnel. Cette méconnaissance peut aussi expliquer le nombre d’attaques internes,
les politiques de sécurité étant inadaptées ou sous-estimant les agresseurs
potentiels.
Les ressources requises
vont de pair avec les compétences et dépendent des techniques utilisées. Un
attaquant voulant s’emparer d’informations chiffrées disposera d’importants
moyens de calcul, ou de complicités internes pour ensuite briser l’algorithme
de chiffrement.
Ce cas est extrême et concerne la
menace d’origine stratégique. L’attaquant le plus courant possédera un ou
plusieurs ordinateurs modestes. Il se procurera les logiciels nécessaires à ses
méfaits sur des serveurs publics ou développés par lui-même.
attaques physiques :
interception : l’attaquant va
tenter de récupérer un signal électromagnétique et de l’interpréter pour en
déduire des informations compréhensibles. L’agresseur se mettra ainsi à la
recherche des émissions satellite et
radio, mais aussi des signaux parasites émis par les systèmes informatiques.
Pour se
protéger, le défenseur pourra sécuriser ses transmissions et diminuer le nombre
et l’intensité des signaux parasites de ses systèmes d’information.
brouillage : utilisée en
télécommunications, cette technique rend le système informatique inopérant.
C’est une attaque de haut niveau, car elle nécessité des moyens importants, qui
se détectent facilement. Elle est surtout utilisée par les militaires en temps
de guerre ou de crise.
Ecoute : de nombreux appareils du
commerce permettent notamment d’interpréter en temps réel les trames qui
circulent sur un réseau informatique.
Des
protections physiques ou le chiffrement offrent une protection adéquate contre
ce type de menace.
Balayage : consiste à envoyer au système
informatique un ensemble d’informations de nature diverse afin de déterminer
celles qui suscitent une réponse positive. Cette tâche peut être automatisée
aisément, et permet par exemple de déduire le nom de certains utilisateurs et
leur mot de passe.
Attaques logiques
Canal caché : il s’agit d’un type
d’attaque de très haut niveau et fait appel à l’intelligence de l’attaquant. Il
s’agit de faire fuir des informations en violant la politique de sécurité.
Déguisement : il s’agit d’une
attaque informatique qui consiste à se faire passer pour quelqu’un d’autre et
obtenir les privilèges et les droits de celui dont on usurpe l’identité. sans
arriver à des solutions lourdes et coûteuses, le défenseur pourra combiner les
méthodes d’identification et d’authentification pour renforcer sa sécurité (par
exemple carte et mot de passe).
Mystification : l’attaquant va
simuler le comportement d’une machine pour tromper un utilisateur légitime et
s’emparer de son nom et de son mot de passe. Un protocole d’identification de
la machine permettra à un utilisateur d’être sûr de son interlocuteur.
Saturation : cette attaque contre
la disponibilité consiste à remplir une zone de stockage ou un canal de
communication jusqu’à ce qu’on ne puisse plus l’utiliser. Il en résultera un
déni de service.
Virus
Ver
Le concept de guerre
stratégique date du début de l’époque industrielle. Dans la mesure où la
puissance militaire dépend de la capacité industrielle du pays, les stratèges
en ont déduit qu’il était plus efficace de s’attaquer aux usines, villes et
réseaux de transport de l’ennemi plutôt que de vaincre ses armées.
Avec la révolution
informatique ; les forces militaires et les économies nationales dépendent
de leur utilisation des systèmes, réseaux et services de communication et
d’information. La guerre informatique stratégique permet de viser directement
l’infrastructure informatique de l’adversaire. Contrairement aux attaques
terroristes, la guerre informatique vise à détruire systématiquement les
infrastructures permettant à l’adversaire de résister.
objectifs
Les hackers ou crackers
habituels ont des objectifs extrêmement limités, comme attirer l’attention sur eux,
gagner de l’argent ou se venger d’une sanction ou d’un licenciement. La guerre
informatique stratégique a, par contre, des objectifs beaucoup plus vastes,
comme empêcher un Etat ennemi de développer des armes de destruction massive ou
détruire la position dominante d’une entreprise importante pour l’économie de
la nation ennemie, et même changer le rapport de forces sur la scène
internationale, l’équilibre économique ou militaire d’une région, ou encore la
stabilité d’une coalition militaire.
L’utilisation de l’arme
informatique a aussi ses limites. Pendant la Guerre du Golfe, la destruction
des systèmes d’information de l’armée irakienne a poussé celle-ci vers la
défaite, mais une campagne sur le terrain classique a été nécessaire pour
libérer le Koweït. De plus ; comparée à la guerre conventionnelle,
beaucoup des effets de la guerre informatique sont de courte durée, et il est
difficile de prendre un territoire et de l’occuper en utilisant seulement des
armes informatiques. La guerre informatique, comme toute autre stratégie n’est
donc pas l’arme absolue, mais nécessité d’être combinée avec d’autres outils
militaires et diplomatiques pour être efficace.
La guerre informatique
stratégique consiste en une campagne soutenue plutôt qu’en une seule frappe, l’attaque
se décomposant en une série de mouvements séparés, qui visent les points les
plus critiques et les plus vulnérables des systèmes d’information de l’Etat
ennemi. Ce type de campagne permet plusieurs phases dans l’attaque. Par
exemple, les premières étapes d’une guerre informatique peuvent être réalisées
sous couvert, pour que l’Etat attaqué ne prenne pas de mesures
défensives ; seulement le dernières phases de l’attaque feront l’objet
d’une large publicité, pour atteindre un climat de panique et de chaos maximal.
Il faut donc concevoir la guerre informatique dans le sens classique de la
guerre, dans la mesure où elle suppose le même type de préparation.
Puissances étatiques à faible
capacité militaire
Du fait de la grande dépendance
des plus grandes puissances militaires des systèmes informatiques, des Etats
ennemis et a plus faible capacités miliaires utilisent les failles de la
sécurité des systèmes informatiques à des fins d’espionnage, mais également, en
temps de guerre, pour obtenir des avantages militaires ou diplomatiques.
La Guerre du Golfe et la
Guerre du Kosovo ont démontré la supériorité militaire écrasante des Etats
Unis, ce qui rend impossible pour toute autre puissance de les vaincre dans une
guerre de type conventionnel. C’est pourquoi des puissances plus faibles
doivent y trouver des alternatives, parmi lesquelles se trouve la guerre
informatique. En cas d’infériorité militaire patente, un Etat peut toujours
avoir recours à une attaque asymétrique telle que la guerre informatique,
éventuellement combinée à d’autres sortes d’attaques non conventionnelles
–chimiques ou bactériologiques par exemple.
Acteurs non-étatiques
Ce qui rend la guerre informatique
particulièrement menaçante pour la sécurité nationale d’un Etat est la facilité
avec laquelle des acteurs non étatiques tels que des organisations terroristes,
des groupes ethniques ou des sectes peuvent y avoir accès, alors que des moyens
classiques leurs sont inaccessibles.
Le développement des technologies
de l’information et de la communication permet de coordonner et d’organiser les
attaques à peu de frais et très efficacement, alors que les systèmes de
chiffrage disponibles pour le grand public assurent le secret de ces
communications.
contournement des embargos et
des sanctions
De nombreux pays ont été ou
sont frappés par des sanctions et des embargos commerciaux : Cuba, l’Irak,
République de Yougoslavie, Iran, l’Inde et le Pakistan. Punir ces gouvernements
n’est pas le seul objectif des sanctions, mais il s’agit aussi de les empêcher
de développer et d’acquérir des armes et des technologies militaires. Il existe
des moyens traditionnels –blanchiment d’argent, contrebande, etc. –qui
permettent de contourner ces sanctions, mais les techniques informatiques
permettent d’exercer ces activités d’une manière plus sophistiquée et plus
difficile à détecter.
Un gouvernement soumis à des
sanctions aura deux objectifs : rassembler des fonds et ensuite acheter
les biens prohibés. Un gouvernement peut employer des agents dans les
industries fabriquant des logiciels de comptabilité pour entreprises, qui
modifieront ces logiciels pour leur faire transférer une petite partie de
l’argent de chaque transaction sur des comptes de ce gouvernement. Ces fonds
permettront ensuite à un pays comme l’Irak d’employer par exemple des experts
en armement nucléaire ou chimique russes ou nord coréens. Ce type de coopération
n’est pas de la science fiction, Israël et l’Afrique du Sud ont travaillé
conjointement au développement de leurs programmes nucléaires respectifs dans
les années 1970, en dépit du Traité de Non-Prolifération Nucléaire.
Attaque coordonnée des décideurs
du pays cible
Un Etat ennemi peut
orchestrer une campagne extensive, destinée à affaiblir les industries, les
organisations politiques et la société visée dans son ensemble.
Certaines sectes et organisations
ont déjà utilisé les complexités du système de vérification des cartes
bancaires et des mécanismes de facturation pour se venger de leurs ennemis. Par
exemple, des journalistes ayant écrit des articles hostiles à l’Eglise de
Scientologie, ont vu leurs factures de téléphone gonfler de manière exorbitante
ou des sommes débitées de leurs comptes bancaires. Si ces incidents semblent
mineurs, les conséquences qu’ils auraient s’ils affectaient des personnes ayant
d’importantes responsabilités dans l’administration, le gouvernement ou les
grandes entreprises sont faciles à imaginer. Le même type de techniques peut
être utilisé pour provoquer des scandales financiers. Il suffirait de
sélectionner quelques centaines d’individus à l’intérieur d’un pays pour leur
appliquer ce traitement pour affaiblir ce pays considérablement.
modifier l’équilibre
stratégique :
Il s’agit dans ce type de
stratégie d’attaquer les points faibles des systèmes informatiques dont dépend
le fonctionnement de l’armée. Les armées occidentales utilisent les mêmes
technologies informatiques, systèmes informatiques et services de maintenance
que le grand public. Seulement les informations sensibles se trouvent dans des
systèmes désignés expressément pour résister aux attaques. La grande majorité
des communications des Ministères de la Défense des pays occidentaux se fait à
travers des réseaux publics, et une grande partie du transport de troupes et du
matériel est organisé par des opérateurs privés, qui sont eux-mêmes fortement
dépendants de systèmes informatiques.
Si l’armée est à l’origine de
l’informatique, il apparaît aujourd’hui de plus en plus difficile de trouver
des fonds pour développer spécialement pour elle des systèmes informatiques,
sans prendre en compte le fait que les industries privées sont en avance par
rapport à leurs homologues militaires.
Cette dépendance des
militaires sur les technologies informatiques et les services de maintenance
commerciaux pourrait bien être le talon d’Achille des armées occidentales. Un
adversaire déterminé et doté de suffisamment de moyens pourrait utiliser cette
faille pour vaincre les armées qu’il ne pourrait vaincre par des moyens
conventionnels.
D’autre part, les armes
elles-mêmes, suite à la « révolution des affaires militaires » de la
fin des années 1980, sont certes de plus en plus précises, mais utilisent
également des technologies informatiques. Des Etats ou groupes ennemis peuvent
prendre ces composants informatiques pour cibles, soit dans la bataille, soit
entre leur fabrication et leur déplacement vers le front.
Enfin il existe des plans
pour permettre une certaine continuité du gouvernement en cas de conflit. Ces
plans définissent les moyens de communication entre un petit nombre d’autorités
gouvernementales. La guerre informatique stratégique s’attaque justement à ces
fonctions de communication de survie, qui pour le moment ne sont pas
suffisamment protégées.
Un nouveau type de
guerre :
La structure classique des
forces armées –comprenant armée de terre, de l’air et marine -devient moins
importante, dans la mesure où les Etats faibles militairement utiliseront des
guerriers informatiques, travaillant en réseaux diffus, ce qui rend ces
formations difficiles à repérer, cibler, et détruire.
Les agents de la guerre
informatique seront facilement cachés par la météo et les divers développements
économiques et sociaux et ses agents disséminés à travers le monde.
La notion même de front n’a
plus véritablement de sens dans le cadre d’une attaque informatique. Au lieu de
frapper des formations militaires données et seulement certaines cibles, les
attaques informatiques viseront un pays tout entier.
Il existe naturellement des
techniques permettant de repérer la source d’une attaque avec une grande
précision, qui peuvent même identifier le ou les terminaux à l’origine de
l’attaque. Toutefois il est impossible de détecter la personne ayant utilisé ce
terminal, si elle a provoqué des dommages intentionnellement ou
accidentellement, quelle est l’organisation derrière l’attaquant, s’il y en a
une. Les réponses à ces questions sont cruciales pour les autorités pour savoir
s’il faut répondre militairement, diplomatiquement ou simplement par une
opération de police.
Dans le cadre d’une attaque
de type guerre informatique, la réponse devra être trouvée très rapidement.
Pour l’instant toute intrusion est considérée soit comme une attaque
terroriste, soit comme une action criminelle individuelle, à moins que des
preuves précises n’indiquent qu’il s’agit d’une attaque de type guerre
informatique stratégique. Il faudra définir plus précisément quel seuil doit
être franchi pour qu’une attaque soit considérée comme une élément de guerre
informatique stratégique, pour pouvoir répondre dans les plus brefs délais et
avec les moyens adéquats à ces attaques.
Ces difficultés dans
l’identification de l’attaquant rendent difficile la dissuasion, telle qu’elle
est possible en ce qui concerne les armes nucléaires. Si les auteurs d’une
attaque nucléaire sont faciles à identifier, une attaque informatique est
anonyme et il est facile pour une Etat de dénier toute responsabilité. Il est
possible d’améliorer encore les techniques de détection et de surveillances des
réseaux, mais celles-ci ne seront jamais fiables à 100%. En effet, du fait de
la complexité des ces réseaux, et des incompatibilités entre différents
systèmes , la distinction entre les dysfonctionnements liés à une attaque
informatique et les dysfonctionnements « normaux » apparaît
difficile. Les attaquants informatiques auront tout intérêt à couvrir leurs
actions sous l’apparence de ce type de dysfonctionnement.
Les ressources nécessaires
pour mener une guerre informatique sont faciles à couvrir, contrairement à
celles utilisées dans le cadre d’une guerre classique. Des forces militaires
conventionnelles supposent un personnel important, des infrastructures
développées et des systèmes de production et de stockage d’armements difficiles
à cacher. Des forces conventionnelles nécessitent également de l’entraînement
et de la préparation pour être efficaces, ce qui facilite la détection et
l’analyse de ces menaces. Par contre, la guerre informatique requiert nettement
moins de personnel, plus facile à dissimuler et à déguiser.
Contrairement aux armes
conventionnelles, qui sont souvent montrées lors de parades, pour impressionner
et intimider les adversaires potentiels, les rames informatiques sont
développées dans le secret, car leur force réside dans l’effet de surprise
causée par une attaque informatique.
Les gouvernements ne sont
plus, depuis longtemps, à la pointe de la recherche et de l’innovation dans
l’industrie informatique, les industries privées ayant davantage de moyens
financiers à y consacrer. De ce fait, ils n’ont plus le contrôle des
technologies qui sont distribuées sur le marché, certaines d’entre elles
pouvant constituer des menaces pour la sécurité nationale.
Les gouvernements ne sont
plus non plus les principaux clients des industries de l’information, et de ce
fait n’influencent plus les standards des systèmes informatiques par leur
influence sur ce marché. Le moyen de la régulation reste entre les mains des
gouvernements, et ce moyen a déjà été utilisé dans les domaines de la banque et
de l’assurance maladie. Toutefois la régulation n’est pas le moyen le plus
efficace pour assurer une sécurité optimale : trop rigide, elle empêche
des initiatives privées permettant une meilleure sécurité, trop flexible elle
laisse aux organisations et entreprises la possibilité de ne pas prendre en
compte du tout les questions de sécurité des réseaux.
Les industries
informatiques sont peut-être celles qui tirent le plus grand parti du processus
de globalisation de l’économie, leurs processus de fabrication étant
véritablement mondiaux. Les
gouvernements nationaux perdent donc tout contrôle sur les produits
informatiques, ce qui multiplie les possibilités de sabotage de ces produits
pour les groupes ou Etats malveillants.
L’industrie informatique
apparaît comme l’acteur crucial dans la lutte contre la menace informatique.
Pourtant deux éléments viennent entraver le bon dialogue entre le gouvernement
et l’industrie.
le
fossé culturel :
Jusque dans les années
1980, les industries informatiques et les gouvernements entretenaient d’étroits
liens, et les acteurs des deux structures partageaient une même culture.
Aujourd’hui un véritable fossé les sépare. Les nouveaux acteurs des industries
informatiques sont beaucoup plus jeunes que les fonctionnaires, qu’ils
perçoivent avec suspicion sur la plupart des questions, et en particulier en
matière de sécurité et de propriété intellectuelle. Il n’y a qu’à regarder
l’attitude de Microsoft pendant son procès pour comprendre la nature des
relations entre gouvernement et industrie. Des efforts particuliers devront
être faits par les autorités pour améliorer les relations avec l’industrie
informatique, car ce type de rapports ne peut engendrer l’indispensable coopération
permettant d’assurer la sécurité des systèmes informatiques.
Instabilité
de l’industrie informatique :
Outres ces rapports
difficiles avec l’industrie informatique, les gouvernements doivent faire face
à une industrie dont les acteurs changent en permanence. De plus les
interlocuteurs se multiplient rapidement, il n’y a plus une seule compagnie à
laquelle s’adresser, comme IBM il y a encore quelques années. Microsoft, en
situation de monopole pendant longtemps se voit concurrencer par des systèmes d’exploitation
comme Linux. Le partenariat entre le gouvernement et l’industrie informatique
est encore plus difficile à construire dans ces conditions.
Quand des preuves
suffisantes existent, il n’est pas certain que les dirigeants de l’Exécutif
réussissent à obtenir suffisamment de soutien de la part de la population et
des instances législatives pour organiser une réponse.
Il s’agit aussi de
déterminer quel type de dissuasion est efficace contre la menace informatique.
Pendant la Guerre Froide, il était facile de répondre à la menace nucléaire par
une contre-menace nucléaire. En ce qui concerne la menace informatique, la
dissuasion est bien plus complexe et plus difficile. A supposer qu’un gouvernement
découvre que le pays a été la victime d’une attaque informatique, devrait-il
répondre par une attaque symétrique sur le pays à l’origine de l’attaque ?
Si l’Etat ennemi diffuse de l’information destinée à discréditer les politiques
de son rival, faudra-t-il se contenter de rectifier les informations ou punir
en plus l’attaquant ? Il faudra aussi prendre en compte la
proportionnalité de la réponse –ainsi, un responsable du Département de Défense
américain a demandé « Que faut-il que nous faisions, utiliser l’arme
nucléaire parce qu’ils ont saboté nos télés ? » -de même que définir
le seuil à partir duquel un simple acte de provocation se transforme en acte
hostile.
La question d’une convention internationale bannissant la
guerre informatique se pose, à l’instar des conventions contre les armes
chimiques et biologiques. Toutefois, certains pays, moins développés, auraient
moins à perdre en signant une telle convention, puisqu’ils n’ont de toute
manière pas accès aux technologies sophistiquées de guerre informatique,
contrairement aux pays occidentaux, qui doivent conserver la possibilité d’une
réponse informatique à une attaque informatique.
Choix des cibles d’une contre-attaque
informatique : dans la mesure où
les utilisations civiles des systèmes informatiques sont les plus importantes,
et qu’il n’existe pas de ligne de front , comme dans la guerre classique,
il apparaît difficile de limiter les dommages collatéraux.
Le secteur commercial a
remplacé le gouvernement en tant qu’acteur dominant dans le développement,
fabrication, commercialisation et utilisation des systèmes informatiques.
Par conséquent, le gouvernement a perdu une grande partie de sa capacité de répondre
à la menace de guerre informatique. Si les grandes entreprises sont parmi les
premières
cibles d’une guerre informatique stratégique, le gouvernement
ne peut les contraindre à s’équiper de systèmes de défense et à se préparer
pour faire face à une attaque.
Ce sont également des
laboratoires privés qui sont à l’origine de la technologie informatique la plus
avancée, ce qui rend difficile pour les agences gouvernementales de contrôler
la mise sur le marché de technologies présentant un danger potentiel.
La coopération entre ces
entreprises et le gouvernement ne va pas de soi, contrairement à ce que l’on
pourrait penser, et le secteur privé est non seulement réticent à coopérer avec
le gouvernement, mais aussi soupçonne le gouvernement d’avoir des intérêts cachés
et contraires à ceux du secteur privé.
Les services de
renseignement doivent mettre en place des mécanismes de centralisation de
l’analyse des menaces, qui permettent de détecter les failles des système
informatiques et prévoir les attaques. Les services sont particulièrement
attentifs aux tentatives de tester et de rassembler des informations sur les
systèmes, de corrompre des agents travaillant pour le gouvernement ou les
grandes entreprises et de télécharger des techniques de hackers, qui sont les
indices d’une attaque. Il reste néanmoins des efforts à faire pour centraliser
les différentes sources de ces informations, comprenant le secteur privé.
Face à la « cybermenace »,
les services de renseignements ne peuvent pas se contenter d’avoir une attitude
passive, d’observation, mais doivent tenter de tendre des pièges aux attaquants
potentiels.
De même, des efforts
particuliers doivent être envisagés pour la formation et le recrutement du
personnel. Il ne s’agit plus de recruter parmi les officiers de l’armée en fin
de carrière, mais dans la communauté des hackers, la mieux formée pour faire
face à ce type de menace.
Une agence spécialisée qui
centralise la surveillance et la lutte contre les attaques informatiques semble
indispensable. En France, le Secrétariat
Général pour la Sécurité des Services Informatiques, rattaché au Premier
Ministre, sous l’autorité du secrétaire national de la défense nationale. Il
est chargé d’apprécier le niveau de protection des systèmes d’information
(cryptologie, sécurité informatique, protection contre les signaux parasites compromettants),
et d’agréer les équipements, produits et systèmes utilisés pour les
informations classifiées de défense. Il assure la formation des spécialistes
dont l’Etat a besoin, sensibilise les responsables de l’administration et du
secteur privé à l’importance de la sécurité des systèmes d’information et joue
un rôle de conseuil auprès des administrations.
La question du
cryptage : le SCSSI homologue le cryptage, et a accès rapide pour des
raisons de police aux clefs de ces systèmes.
2.3. Initiatives légales :
De nombreux experts pensent
que la législation ne suit pas suffisamment les évolutions technologiques.
Certaines activités, mettant la sécurité des systèmes informatiques en jeu ne
sont pas clairement définies comme de crimes. Certains proposent d’uniformiser
la législation pénale appliquée au cybercrime, d’autres voudraient donner au
gouvernement davantage d’autorité pour surveiller les personnes susceptibles de
perpétrer de mettre en danger la sécurité des systèmes informatiques. Le risque
d’une trop grande intrusion dans la vie privée des personnes ayant accès aux
systèmes informatiques sensibles demeure possible, et doit être évité par une
législation stricte.
2.4. Coopération avec le secteur privé
Dans la mesure où la plus
grande partie des infrastructures essentielles pour la sécurité nationale sont
privées, cette coopération est capitale. Il faudra que les agents du secteurs
privé se coordonnent pour que le gouvernement ait le moins d’interlocuteurs
possible, même si cela semble difficile à réaliser. Notamment, ces partenariat
devront s’adapter en permanence aux changements constants dans l’environnement
technologique et la structure de l’industrie.
L’attitude dominatrice et
dirigiste du gouvernement est souvent dénoncée par les agents privés, et la
culture des agences étatiques devra évoluer vers un dialogue d’égal à égal.