Internet au service du droit d'auteur : protection juridique, protection technique

            La jurisprudence reconnaît les mêmes prérogatives aux auteurs du réel et du virtuel . Mais quelle est l'efficience de cette reconnaissance s'il est impossible de faire la preuve de la contrefaçon ? Les innovations technologiques qui s'efforcent de tatouer les livres lancés sur Internet s'avèrent ici d'une grande efficacité .

 Traçage, cryptage, tatouage... l'oeuvre filée sur la Toile .

     L'auteur d'un texte touche des droits sur la vente et l'exploitation de son oeuvre si il est en mesure de prouver qu'il est le père de cette oeuvre "originale et tangible" . C'est là l'un des enjeux des procès en contrefaçon : comment faire la preuve (qui appartient au civil au demandeur à l'action) que l'on est l'auteur d'un texte une fois celui-ci lancé sur la Toile ?

        En ce qui concerne l'édition papier, le droit a trouvé depuis longtemps la riposte : ce sont les enveloppes Soleau .
       Une start up, fondée en septembre 1999, Protecrea, a eu l'idée de vendre des enveloppes Soleau électroniques . Imaginons un auteur désirant protéger son texte de la contrefaçon. Il peut acheter  cette "enveloppe" virtuelle (en pratique, un dossier protégé et crypté de 2 Mo) par le biais d'Internet . Protecrea lui attribue alors un code qui lui permet, et à lui seul,  d'"ouvrir l'enveloppe" pour en vérifier le contenu (qu'il ne peut modifier) . Après le dépôt, l'oeuvre est gravée et déposée à la Banque de France .
      Une fois acquise cette enveloppe, notre auteur peut sans souci livrer son texte à la forêt de Bondy du Web . S'il advenait une contrefaçon portant atteinte à ses droits, ou si quelqu'un d'autre prétendait ête l'auteur de son texte, il n'aurait qu'à "faire ouvrir l'enveloppe " devant huissier pour voir reconnaître sa paternité.
            Protecrea va jusqu'à certifier une heure de dépôt universelle,  basée sur l'horloge atomique du NST ( National Institute of Standard and Technology)   américain . Le dépôt dure trois ans . Il est sécurisé par le biais de deux cryptages : un SSL à 40 bits, et moyennant finance, un applet Java à 128 bits assuré par Netsecure, une entreprise spécialisée dans la sécurisation des transferts de données des banques .

           Une autre technique se développe parallèlement aux enveloppes électroniques (600 auteurs pour Protecrea moins d'un an après sa création !) des procédés de tatouage de l'oeuvre .
L'International Identifier of Digital Works, est  un système d'indexation des oeuvres électroniques .
L'auteur "référence" son texte auprès d'Interdeposit, société gérante du système basée à Genève, le signe électroniquement, tout en gardant une copie privée . Interdeposit attribue à l'auteur une adresse URL contenant le certificat de l'oeuvre (conditions d'utilisation, nom de l'auteur, date de l'enregistrement, nationalité...). L'auteur, ou l'éditeur dans le cadre d'une cession de droits, annexe ce certificat au texte, en pratique par le biais d'un logo .
Il marque ainsi son oeuvre, interdit à un utilisateur malhonnête de revendiquer la paternité - et les droits d'auteur qui l'accompagnent- du texte . Surtout, un des membres fondateurs d'Interdeposit, l'Agence Paris pour la protection des programmes, est chargé de constater les infractions, de les notifier aux sites visés pour régularisation, voire de prévenir de l'hébergeur ou des sites miroirs pour qu'ils interviennent .  Les titulaires de droits sont ensuite prévenus pour engager, s'ils le veulent, des poursuites .
         Et si ... ce tatouage devenait un espion de la vie privée, à l'intérieur d'un ordinateur personnel ?
         Quel regard porter sur cette tentative d'autorégulation de l'internet par le biais de la dénonciation spontanée des contrevenants ?
         Une agence, basée à Genève, peut-elle s'attribuer de tels pouvoirs de police pour des sites français hébergeant les oeuvres d'auteurs guatémaltèques ?

    Sommaire                                                                                      Page suivante