Il est nécessaire ici de rappeler que l’un des apports essentiels des nouvelles technologies réside dans l’interactivité, et que c’est sans doute là que l’on peut chercher un des aspects les plus novateurs de l’édition en ligne, dans le fait qu’elle peut permettre de fonder un nouveau rapport auteur-lecteur.
Certes, le lien entre l’auteur et son lecteur, par le biais d’une correspondance, a toujours existé, et nous en avons des exemples célèbres. Mais encore fallait-il un lecteur véritablement passionné, un auteur prêt à échanger, et la médiation lente du courrier; ou bien quelques mots échangés dans la foule d’une conférence. Grâce aux forums, les lecteurs qu’un même livre a touchés peuvent se retrouver malgré la distance, et confronter leur passion, mais surtout, il ont désormais le moyen de prendre contact plus facilement avec l’auteur. Le livre, ainsi, prend vie à travers le réseau.
Et c’est à partir de là que se conçoivent les plus
grandes avancées. La lecture, qui est recréation de l’oeuvre,
s’offre ainsi au regard de l’auteur dans l’immédiateté de
la création, et vient donc la modifier au moment même de son
engendrement.

Par ce partage d’une nature nouvelle, c’est finalement la différence entre auteur et lecteur qui tend à s’estomper, pour faire émerger une sorte d’art collectif, aux virtualités non encore envisageables.
Encore faut-il réfléchir aux conséquences de ce genre d’expériences, confrontées à la notion de droits d’auteurs et de propriété intellectuelle telles que nous les connaissons. Mais nous renvoyons sur ce point aux pages consacrées à ces questions, dans les enjeux juridiques de notre sujet d’étude.
Ce qu’il importe pour nous de souligner, est le fait que ces expériences sont à l’heure actuelle très marginales, et que des projets qui se veulent novateurs dans le domaine de l’art restent toujours en retrait dans le domaine purement littéraire (et nous citerons pour exemple la revue littéraire du Métafort d’Aubervilliers, Inventaire invention, qui n’exploite absolument pas ces possibilités nouvelles).
On peut donc dire que, si les bouleversements semblent également
importants du point de vue des rapports auteur-lecteur, c’est peut-être
là qu’ils se feront le plus attendre, tant il est vrai que la notion
de création personnelle semble devoir résister encore aux
virtualités offertes.